L'élève à problèmes

June 19, 2013

Ca a fini par arriver. Mon karma a décidé que c'était bien trop facile depuis que je donne des cours et m'a envoyé une élève difficile en la personne de T., une charmante jeune femme poussée à faire ça par son mari, plongeur déjà certifié qui se débrouille bien.
Installez-vous confortablement, cette histoire est aussi longue que ce cours d'Open Water que je viens de terminer. 

 

Jour 1: nous voici le premier jour, je fais comme d'habitude; j'explique comment les choses vont fonctionner et le planning, je lui fais regarder deux vidéos, je lui montre le bouquin et la table et tout. Après déjeuner, nous voilà prêtes à sauter dans la piscine...et c'est là que tout commence à se compliquer.
(Petite explication sur la piscine: il y a 5 groupes d'exercices à faire pendant le cours avec chaque élève. Jusqu'ici selon ma modeste expérience, avec un seul élève les trois premières sessions me prennent en tout une heure et demi. Une fois ça fait, ils ont déjà une bonne idée de comment ça doit se passer et je peux les emmener dans l'océan.)
Donc T. est dans la piscine, chaque exercice prend un temps inhabituel, des tonnes d'explication et plusieurs essais pour la plupart. Après deux heures et demi j'ai à peine fini la deuxième session et elle est épuisée. Et mes yeux s'écarquillent à chaque fois qu'on essaye un nouveau truc, parce que clairement j'ignorais qu'il était possible de mettre 5 ou 6 fois à réussir à vider un tuba sans s'étouffer ou remonter à la surface. Vider le masque (on met de l'eau dedans et on souffle par le nez pour l'évacuer) devient un nouveau niveau de difficulté que je ne soupçonnais pas. Bref, je lui dis qu'on arrête là, je rentre chez moi dépitée en me demandant comment je vais bien pouvoir y arriver avec elle.
Je demande conseil à mes collègues / amis instructeurs qui en savent plus que moi, on me donne des conseils et des petits trucs. On me dit aussi gentiment de prendre un peu de recul: ce n'est pas parce que moi je suis dans l'eau depuis toujours et que je n'y pense même pas que c'est comme ça pour tout le monde. Certes ça enfonce une porte ouverte, mais ça m'a donné de quoi méditer.

 

C'est facile, SOUFFLE PAR LE NEZ !

Jour 2: j'arrive le lendemain décidée à y arriver...et c'est plutôt un échec. La première plongée ne requiert aucun exercice mais juste de se mettre dans l'eau et de voir un peu comment ça se passe. Il me faut 10 minutes pour l'équiper sur le bateau, encore 10 pour trouver un masque qui lui convient (qui finira par être le mien...) et encore 5 mn pour arriver à la faire descendre parce qu'elle a la trouille et respire tellement que je suis obligée de la lester comme une enclume. Pour en rajouter une couche, le mari veut venir avec nous et prendre des photos de sa femme sous l'eau et n'arrête pas de lui répéter que tout ira bien alors que clairement ce n'est pas le cas. Nous arrivons ENFIN à descendre...et elle est morte de trouille. Elle me tient la main pendant 40 minutes, s'accroche à moi comme si j'étais sa bouée de survie (bon je lui ai dit qu'elle pouvait, au moins elle écoute) et panique pendant toute la première moitié. Une fois qu'on a passé 20 minutes sous l'eau elle commence à se rendre compte qu'on est dans l'océan et qu'il y a des poissons et elle commence enfin à leur jeter un coup d'oeil. Mais bon, on remonte, elle crache son détendeur comme si c'était un rat mort et répète pendant un bon moment combien elle flippe.

Pour la deuxième plongée j'ai choisi un site peu profond et principalement sablonneux pour qu'elle puisse faire des exercices dans détruire les jolis petits coraux. Deuxième désastre, elle n'arrive pas à faire la moitié des trucs prévus qu'on a répété dans la piscine la veille.
Nous rentrons, il est trop tard pour retourner dans la piscine et elle est crevée. On décide d'aller plonger tard le jour suivant et d'y aller juste pour une plongée loisir pour qu'elle s'entraîne. Il s'avèrera plus tard que c'est une excellente idée, c'est vendredi et à notre soirée hebdomadaire elle prouvera qu'elle est clairement plus douée pour siffler des gins tonic que pour la plongée.

 

Jour 3: plongée loisir. Elle essaye 5 masques avant d'en trouver un qui finalement lui convient. Je me dis qu'elle va encore s'accrocher à moi comme si j'étais sa personne préférée du monde entier, mais finalement après un petit moment elle me lâche et arrive à me suivre sans drame majeur. Elle essaye même une fois ou deux de vider son masque et d'ajuster un peu sa flottabilité, et ma foi elle se débrouille. Et surtout, ENFIN elle commence à trouver ça chouette qu'il y ait des poissons. Je pointe à n'importe quoi qui passe (poisson-perroquet, poisson chirurgien) et mon doigt semble les rendre magiques et elle les regarde avec extase. En remontant, elle se plaint toujours de tout ce qu'elle n'aime pas et l'ennuie, mais moins.
Le même jour, retour à la piscine. J'essaye quelques ficelles qu'on m'a donné, et ça commence à fonctionner. On refait tous les exercices de masque et au lieu d'essayer de m'imiter sans réfléchir elle écoute ce que je lui raconte. Je la libère après une longue journée et on se met d'accord pour les plongées 3 et 4 le lendemain. 

Jour 4: nous revoilà parties sur l'eau, toujours accompagnées du mari qui décidément ne veut pas la lâcher. Je l'emmène à nouveau au site sablonneux pour la première plongée pour qu'on puisse se débarrasser des exercices dans un endroit où elle n'aura pas la trouille. Elle prend un petit air brave et me dit qu'elle veut tout faire au début de la plongée comme ça après on ira voir les poissons. Allons-y alors, je laisse le masque pour la fin, toujours pas convaincue qu'elle va y arriver dans essayer de nager à la surface ou sans s'étouffer et mourir sous mes yeux...mais elle y parvient. C'est pas super fluide ou facile, mais elle le fait. J'applaudis sous l'eau, elle sourit et me fait un petit mouvement de danse.
On remonte, je la félicite, on finit les exercices à la surface et on fait une petite pause sur le bateau avant de se préparer pour la 2eme plongée. Le site que j'ai choisi est très chouette, un super récif plein de poissons au nord de Penida. Je lui enlève encore un kilo de lest (ce qui l'amène enfin à un lest à peu près raisonnable pour son poids) et on descend et nous faisons une sympathique dérivante (même si un petit courant descendant viendra un peu nous faire suer au milieu mais rien de sérieux). On remonte après une plongée de 45mn, elle crache son détendeur et dit "Eh ben, c'était TRES chouette". SUCCES clignote en lettres fluo dans mon cerveau et je me retiens de pousser un cri de victoire. Elle est tellement fière d'elle, ça fait plaisir à voir. 

 

On a terminé la théorie le même jour et j'ai finalement pu la certifier comme Open Water. Je ne pensais pas que je me ferai autant de noeuds au cerveau mais si. Je ne pensais pas que j'avais des réserves de patience cachées quelque part, mais si (heureusement d'ailleurs). Je suppose qu'ils ne peuvent pas tous être faciles...mais maintenant je sais comment ça fait ! Allez, envoyez le suivant ! (mais pas un difficile tout de suite, faut que je récupère de celle-là...)

 

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